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Mécénat Global : interview du Dr. Francis Muguet
Les meilleurs analystes l'ont vu venir, le système économique n'est tellement pas adapté au numérique qu'il appelle à créer son propre système.
Avec le mécénat global, nous sommes encore dans le quantique nébuleux de la fraîche innovation, dans la mesure où on arrive à poser des questions que leurs inventeurs ne se sont pas encore posées, mais il est certain que la graine est maintenant en terre, et qu'elle peut pousser.

Interview du Dr. Francis Muguet,
par 8119 et Jean-Marc Fanon
réalisé le 28/09/2009
I. Présentation
II. Comment ça fonctionne
III. Une nouvelle économie
I. Présentation
Comment est née l'idée du mécénat global
L'idée du mécénat global est arrivée au courant de la discussion sur l'HADOPI.
A l'époque une proposition a été faite, selon laquelle le flux descendant, le download, devait être rémunéré dans le cadre du droit d'auteur, par une licence globale.*
Le problème était la rémunération de la mise à disposition.
J'ai regardé comment ça se passait sur les réseaux de téléchargement, par exemple BitTorrent.
Les gens y laissent à disposition des « semences » (seeds) les morceaux qu'ils apprécient.
Ainsi, en donnant une partie de sa bande passante, on aide les artistes qu'on aime (1).
Donc la mise à disposition devrait être rémunérée selon l'acte d'appréciation.
Dès lors on est dans un schéma complètement différent, parce que là où le fait de mettre à disposition des œuvres fait connaître des artistes, dans le système traditionnel, basé sur la consommation, on s'en trouve criminalisé parce qu'on a pas l'autorisation de l'auteur.
De là est apparue une proposition législative de mécénat global, qui n'est pas basée sur un schéma de consommation.
Pour financer les œuvres d'artistes sous licence libre, qui ne sont pas dans des SPRD = Société de Perception des Droits, il fallait créer pour eux une SARD = Société d'Acceptation et de Répartition des Dons.
Ensuite, Valentin Lacambre (2), André Pasquini, Jérémie Nestel, à qui il faut rendre hommage, se sont dit qu'ils pouvaient mettre en œuvre ce système sans attendre la proposition législative ne soit adoptée, ce qui à mon avis mettra un certain temps, une SARD dès maintenant. Cela a été leur idée, ça s'est passé pendant le mois d'août (2009) pendant que les autres étaient en vacances !.
C'est ce qui fait la différence avec la licence globale, qui elle ne peut pas être mise en place de manière autonome.
Dans la licence globale, qui paye et qui reçoit l'argent !
Ceux qui payent, ce sont les internautes via les FAI, et qui reçoit l'argent, grosse question !
C'est la même chose que les licences radio, on fait une analyse des flux, puis ça passe par l'intermédiaire des SPRDs, pour ensuite rémunérer, finalement, les Johnny Halliday etc...tandis que les artistes émergents restent noyés dans la statistique... sans compter les frais de gestion de la SACEM qui sont exorbitants !
La licence globale consiste ainsi à payer pour un flicage du réseau qui va coûter très cher, et une répartition inéquitable. C'est d'autant plus inacceptable qu'on a caché aux gens qu'ils allaient devoir payer pour cette sécurité, que sont les frais de l'état : la justice, les frais de répression, le monitoring, le filtrage, et puis les frais chez les FAI.
Mais de quelle « sécurité » ils parlent ?
Ah ! C'est une façon de voir, c'est la sécurité pour empêcher les gens de télécharger ou d'accéder à des contenus protégés par les droits d'auteurs (ou les droits privateurs pour reprendre le mot de Stallman).
Il y a beaucoup de dons sur internet, et là il est question de les centraliser pour ensuite les répartir entre les auteurs qui seront inscrits à la SARD, c'est ça ?
Il y a déjà des systèmes disparates ou intéressants qui font ça. Ici il va s'agir, je ne dirais pas « centraliser » mais plutôt « globaliser » un mode de financement pour qu'il soit homogène, et qui donne une garantie de sérieux.
D'autre part, (j'aime bien dire que) cette manière de globaliser les dons est d'une certaine façon une forme de désobéissance civile par rapport à l'HADOPI.
Je pense que les gens donneront à la fois pour les œuvres qu'ils apprécient, ce qui par ailleurs les rend acteurs puisqu'on les consulte (là où dans la licence globale on ne les consulte pas), et à la fois parce que c'est un acte de désobéissance civile vis-à-vis de l'HADOPI.
Est-ce qu'on a un retour sur qui a reçu quoi ?
Bien sûr, tout sera transparent.
Les amis qui travaillent sur la SARD sont tous d'accord là-dessus, ce sera une gestion totalement transparente, et même, à la question de savoir si on rend un pourcentage sur les sommes reçues, c'est non, puisqu'on demande des dons spécifiques pour financer le système.
Les auteurs, eux trouvent injuste que leur œuvre soit reprise sans qu'ils ne touchent rien, tandis qu'ils trouvent stupide de ne pas la diffuser autrement que dans le cadre d'un achat.
Est-ce que la SARD va leur permettre de distribuer leurs œuvres gratuitement ?
Premièrement, comme la SARD est un système de dons, on survole complètement toutes les questions de droit d'auteur.
On ne peut pas interdire les dons, ni ces dons de se trouver répartis entre les contributeurs d'une œuvre.
Donc d'un côté juridique à ce niveau-là, et même on peut accepter les dons pour des artistes internationaux dans n'importe quel pays, et les recevoir dans n'importe quel autre.
C'est un système complètement parallèle au système des droits d'auteurs.
Cela ne veut pas dire que les gens qui sont à la SARD autorisent ou n'autorisent pas la diffusion des œuvres.
Il est clair que pour les auteurs qui sont sous licence libre c'est un avantage énorme, puisqu'il n'y a aucun autre système de financement pour eux.
Pour ceux qui ne sont pas sous licence libre, là il y a une ambigüité. Ça a été discuté. Effectivement dans certains cas, comme les gens sont piégés par la SACEM il est difficile qu'ils s'en sortent tout de suite. Dans ce cas, on peut accepter le don pour des œuvres même si elles ne sont pas librement accessibles... en droit, car dans les faits elles le sont !
En effet !
Un droit qui ne peut pas être mis en œuvre est un droit inutile et inadapté.
L'avantage est que cela est fait sans hypocrisie. Par exemple avec la taxe sur la copie privée, il est question de compenser le piratage entre guillemets, alors que juridiquement on ne peut pas demander de l'argent pour quelque chose qui est interdit par la loi !
Pour M. Stallman, il n'y aurait pas besoin de beaucoup d'impôts pour rémunérer tous les artistes, à condition qu'on ait un bon système de répartition. Pour lors il s'agit de dons, mais n'y aura-t-il pas d'autres sources de revenus ?
Non pour l'instant il n'y a pas d'autres sources de revenus que les dons car c'est l'instrument juridique le plus adapté.
Maintenant ces dons peuvent provenir des internautes, mais aussi des FAI.
Ces FAI peuvent prévenir la redevance, c'est à dire « la somme prélevée par l'état au profit d'un tiers qui n'est pas l'état », qu'il va y avoir sur les FAI.
L'HADOPI 2 ou 3 ne va pas marcher, et donc les bruits de couloir disent qu'il va y avoir une redevance sur les FAI.
Si les FAI, qui ne sont pas sous l'influence des lobbies, ont mis un système de mécénat global permettant à l'internaute d'attribuer 3 ou 4 euros, pour donner un exemple, au profit de tel ou tel artiste, à ce moment-là il peut prévenir cette redevance.
Le FAI peut aussi procéder par l'intermédiaire d'une fondation créée ad-hoc, dans ce but-là, pour permettre le financement de la création.
L'histoire ça va être de rivaliser contre la loi HADOPI, qui pourtant est institutionalisée.
Ça va être une compétition de systèmes juridiques, contre un système répressif qui ne marchera pas, et qui coûtera de l'argent.
On verra bien lequel est le plus efficace et adapté.
Dans la proposition législative on laisse le choix, mais sans l'attendre on propose déjà aux internautes de participer au mécénat global.
Si quelqu'un se fait épingler parce qu'il télécharge, mais qu'en même temps il a déjà fait des dons, ou par le simple fait qu'il s'inscrive comme artiste*, même si ses œuvres sont protégées, vis-à-vis du juge on ne pourra moralement pas le qualifier de « pirate » !
Qu'il soit juridiquement un contrevenant à une loi mal adaptée, c'est possible, mais qu'il soit moralement un pirate, non.
On parle tout le temps des artistes, mais qu'en est-il pour les logiciels libres, etc...
Les logiciels libres sont considérés comme une œuvre numérique, et donc ça permet un mode de financement des logiciels libres, c'est important.
Et j'insiste aussi, la presse en ligne est concernée.
Il n'y a pas de mode de financement qui marche. La publicité est devenue évanescente avec la crise économique, donc il se pose un réel problème de financement de la presse, plus ou moins institutionnalisée, alternative, ainsi que les blogers.
Le mécénat global et la SARD peuvent être un moyen de financer à la fois cette presse, et en plus de déterminer quels sont les articles les meilleurs, en collectant une statistique, qui autrement coûterait très cher.
II. Comment ça fonctionne
Ceci nous conduit à parler de l'évaluation de la valeur d'un produit.
J'appelle ça une œuvre
Ok, il va être à chaque fois question de leur affecter une valeur afin de déterminer la répartition. Comment ça marche, comment on affecte une valeur à une œuvre ?
Dans la SARD les gens font des dons, ce qui du coup donne une valeur. Maintenant est-ce que ce montant correspond réellement à la valeur artistique de l'œuvre, est une autre question.
Parfois on peut vouloir motiver un nouvel artiste, un nouveau journal, un sculpteur numérique, et donc peut-être qu'il y aura des systèmes de correction vis-à-vis de cela.
Ce sont les internautes qui expriment leur choix.
Donc ils donnent des notes avec des étoiles par exemple ?
Non, ils donnent un montant, à partir de quoi on peut extrapoler des étoiles.
Mais quand ils donnent c'est pour une personne, pour plusieurs personnes, pour l'ensemble des artistes ? Ou encore seulement ceux qui font de la musique électronique par exemple ?
Effectivement, on pourrait imaginer, ça me vient à l'instant, de découpler entre la somme et la note qu'on donne, c'est du remue-méninges ça demande du brainstorming. C'est une idée à explorer.
Cette question est celle de la création de la valeur. Dans l'économie on se demande comment se créent les prix, c'est une science à part entière, et ici il va être question d'affecter une valeur (à une œuvre, afin de déterminer comment répartir les dons)
Cette question peut se poser pour ceux qui donnent de l'argent, mais n'affectent pas à qui ils le donnent. Ils le donnent globalement, afin qu'il soit réparti en fonction des extrapolations venant de ceux qui ont le temps de s'exprimer.
Là il y a un débat, pour savoir comment cette somme qu'on appelle « le pot commun » est affecté. Fait-on des corrections non linéaires ? Richard Stallman a propose la racine cubique pour faire en sorte que les petits soient favorisés par rapport aux gros. Il y a aussi la proposition de favoriser les œuvres récentes par rapport aux œuvres anciennes.
Ceci renvoie à une autre question, au bout d'un certain temps une œuvre peut tomber dans le domaine public, dans le même esprit il est possible de créer un algorithme pour faire une descente douce entre la propriété privée et la propriété publique.
Généralement une œuvre du domaine publique est celle d'un auteur décédé, dont ça met pas mal de temps.
D'autre part est-ce qu'on va financer une œuvre tombée dans le domaine publique ?
Certains ne sont que pour la rémunération des artistes vivants.
Dans certains cas, on m'a parlé de la veuve de Chardin qui est un peintre du XVIIIème qui vivait dans la misère alors que ses tableaux se vendaient très cher, on peut l'admettre pour les héritiers.
Mais pour les héritiers qui sont des purs rentiers, on peut se demander si les gens veulent donner aux héritiers de Michael Jackson.
Dans une approche strictement économique, on va évaluer une qualité plutôt qu'une quantité.
La quantité n'a plus rien à voir puisqu'on fait autant de copies qu'on veut. Du point de vue économique il y a une approche de l'élaboration du prix par les coûts.
C'est clair que faire une petite musique dans son coin ne coûte pas très cher, tandis que faire un film avec des effets spéciaux ça coûte très cher. Est-ce qu'il y aura une gestion de ces coûts ?
A mon avis ça doit reposer sur l'éducation des internautes. Ils savent qu'un film ça coûte plus cher (3).
C'est surtout l'algorithme qui doit tenir compte, par des paramètres, de ces questions ; autant de la valeur affective, que des coûts initiaux.
C'est un point intéressant qui n'a pas été abordé, on pourrait imaginer que les auteurs d'une œuvre donnent une indication du coût.
Et ça renvoie au fait qu'un système doit toujours prévenir les abus... (question zapée)
A ce moment-là on dira tel film a coûté très cher, donc je dois donner comparativement plus.
Et surtout, il s'agit de spécifier le coût de l'œuvre, ce qui est un montant hormis le but lucratif. Ce n'est pas un montant qui est gonflé par rapport à la réalité.
Ah effectivement, il faut savoir si ce montant inclus les bénéfices...
c'est à voir, ça mérite une discussion.
III. Une nouvelle économie
Bon, on l'a vu, il peut y avoir plein de développements possible, comment est-ce que vous voyez l'évolution du concept de la SARD ?
On est dans une terre nouvelle. On découvre de nouveaux territoires. On ne sait pas trop ce qu'on va découvrir, les solutions auxquelles on va arriver, donc il faut partir de manière très prudente dans une expérimentation, et on va bien voir comment est la réaction du public.
Peut-être les gestions devront être adaptées aux types d'œuvres, pour la presse ce ne sera peut-être pas effectivement le même algorithme, comme tu dis,
oui, plutôt pas les différents paramètres d'un même l'algorithme
… pour la musique, pas les mêmes paramètres, y compris selon que c'est de la musique électronique ou de la chanson française.
Outre les dons, l'argent peut provenir des impôts, ou encore, ce à quoi ça affère, il peut y avoir beaucoup d'autres domaines pour lesquels le système du profit est parfaitement inadapté.
Il y a la santé, l'éducation, l'alimentation, il n'y a aucun intérêt à ce que cela soit le fait d'un système de profit.
Dès lors il n'est plus question de profit, mais d'abord d'une répartition équitable.
Alors je prolonge la question !
La non injuste répartition des richesse était une idée complètement utopique avant l'invention de l'informatique.
Avec ce système on se dirige vers un monde où on a un algorithme qui est responsable de cette répartition des richesses.
Disons que d'une manière plus restreinte, et peut-être plus réaliste, c'est un nouveau mode de financement des œuvres numériques.
Pour les œuvres non numérique, il y a d'autres systèmes qui ont été proposés et qui historiquement se sont cassés la figure (4).
Là, dans le domaine des œuvres numériques, les dispositions juridiques sont complètement différentes, et on n'essaye pas de refaire un monde, mais d'en créer un autre.
Je ne voudrais pas que cette proposition-là soit enfermée dans une discussion politique classique, sur l'état actuel de l'économie.
On va au-delà. On propose un système qui est philosophiquement et techniquement mieux adapté à l'économie numérique. Je ne pense pas qu'on puisse projeter sur cet univers nouveau des idées qui ont été conçues au XIXième siècle.
Donc là on est dans un terrain nouveau, et il ne faut pas s'enfermer dans des idéologies anciennes, et à mon avis c'est ça qui va être le plus difficile, c'est de sortir d'un carcan intellectuel qui n'a pas du tout été conçu pour ce système.
Une question que nous avons obtenue en parlant de ce projet à des auteurs :
Qu'est-ce qui va motiver les auteurs à s'inscrire à la SARD ?
Déjà, la SARD est une association qui aidera à mettre au point ce système de répartition des dons.
Il n'est pas nécessaire de faire partie de l'association, c'est un service offert par l'association.
Il n'est pas besoin d'en être membre, il suffit de s'y inscrire pour en profiter.
Alors pourquoi ils peuvent s'inscrire, dit simplement ils n'ont rien à y perdre. S'ils reçoivent zéro, dommage, sinon tant mieux.
Si c'est un artiste qui se plaint que ses œuvres sont téléchargées, d'un côté il y a la SACEM qui promet de faire une répression (à but lucratif, NdW) et ne pouvant plus être téléchargés, les ventes de CD devraient augmenter !
Le second discours c'est de dire que le téléchargement, le partage fait partie intégrante de la société de l'information, et on cherche un mode de financement qui va dans le sens du partage.
C'est une approche complètement différente, une approche positive, opposée à celle qui vise à détruire les fondements même de la société de l'information.
A l'heure actuelle, on pense à l'économie numérique comme moyen de contourner la crise financière, et à mon avis ça l'est (5). Par contre est-ce que les moyens de l'économie numérique sont adaptés, à l'heure actuelle la réponse est non.
Cela veut dire qu'il faut imaginer des moyens, un écosystème de financement qui permet de rémunérer les œuvres et les auteurs. Cela ne veut pas dire que le système doit être nécessairement commercial,
il peut être autre chose.
C'est à mon avis ça la véritable nouvelle économie, elle est là !
Avant c'était une bulle, boursière, qui ne correspondait à rien du tout.
Et la nouvelle économie est peut-être là.
C'est un écosystème numérique.
Alors, comme on en parlait (NdW, avant l'interview), si on crée une startup, un nouveau média, il faut de la publicité, on dépense de l'argent etc...
Tandis que là non justement, la publicité va se faire par la découverte et l'exploration des utilisateurs.
C'est la qualité des œuvres elles-mêmes qui font la qualité et se font ainsi connaître (6).
On arrive à un écosystème financier qui est autre, on invente une véritable nouvelle économie beaucoup mieux adaptée et beaucoup moins coûteuse à mettre en place, que la projection inadéquate de l'économie matérielle sur l'économie numérique.
Beaucoup d'analystes sont arrivés à la même conclusion selon laquelle c'est par les arts que finira par apparaître un nouveau système économique.
C'est possible parce que les artistes sont quand même à la pointe du progrès, donc on peut le concevoir.
En tant que scientifique, je suis malheureux de voir que des articles scientifiques sont souvent publiés par des revues qui verrouillent leur contenu. Là on est dans une situation inverse, paradoxale, sachant que la toile a été créée justement pour la diffusion d'information scientifique.
C'est vrai c'est un énorme problème.
C'est pour ça que je me suis engagé dans cela, en raison de l'absurdité de la diffusion de l'information scientifique.
Si on veut effectivement combattre la crise, il faut déjà déverrouiller cette information technique pour permettre justement à des entrepreneurs de démarrer des nouvelles activités.
Tu nous parlais de l'annuaire qui permettrait de se passer du système commercial, en faisant que les gens soient automatiquement informés des nouveaux produits.
C'est un autre développement qui est possible.
En tant que chercheur j'ai proposé de nouveaux espaces de nommage, par l'utilisation d'un paramètre oublié que j'ai redécouvert... comme dans une fouille archéologique.
Quel paramètre ?
C'est le paramètre class dans le DNS. (7)
J'envisage de demander à la communauté du libre, que ce soit pour des œuvres artistiques, scientifiques, d'information, d'utiliser ces métadonnées qui permettent de mieux les identifier, et ainsi d'être plus facilement visible.
Car ainsi cette extension est susceptible d'être transformée en une gigantesque base de données.
Et là véritablement, on met en œuvre la seconde révolution industrielle, parce que la toile pour l'instant n'a pas été mise en œuvre.
Pourquoi on n'a pas utilisé les métadonnées, parce qu'il y a eu des troubles-fêtes, des gens qui ont pourri les métadonnées pour faire monter des sites douteux, ou encore des sites commerciaux, et au lieu d'avoir des moteurs de recherche qui font confiance aux métadonnées, on a eu seulement des moteurs qui font des recherches en plein texte.
De là vient l'immensité de l'empire Google, qui quand même repose sur une thèse de doctorat.
C'est un algorithme, qui sert à lutter contre les gens qui pourrissent leur site pour le faire monter.
Dans ces classes, il y aura une autre gouvernance qui ne sera pas dictée par ces gens-là, que sont les pollueurs de métadonnées, et à ce moment-là on pourra créer comme tu le précises des espaces de nommage, où pourront être mises en place des bases de données, où justement on pourra faire connaître et évaluer la qualité de tous les nouveaux produits.
Surtout c'est énormément plus économique en ressources
Clairement.
Et à ce moment-là, si on parle de lutter contre la crise, il ne s'agit pas de faire de la répression, mais de faire de l'innovation, de créer de nouveaux concepts.
Bravo, Merci.
Suivront la vidéo et articles d'analyse
Avec le mécénat global, nous sommes encore dans le quantique nébuleux de la fraîche innovation, dans la mesure où on arrive à poser des questions que leurs inventeurs ne se sont pas encore posées, mais il est certain que la graine est maintenant en terre, et qu'elle peut pousser.
suivis d'astérisques, commentaires ajoutés après publication par Francis Muguet

Interview du Dr. Francis Muguet,
par 8119 et Jean-Marc Fanon
réalisé le 28/09/2009
I. Présentation
II. Comment ça fonctionne
III. Une nouvelle économie
I. Présentation
Comment est née l'idée du mécénat global
L'idée du mécénat global est arrivée au courant de la discussion sur l'HADOPI.
A l'époque une proposition a été faite, selon laquelle le flux descendant, le download, devait être rémunéré dans le cadre du droit d'auteur, par une licence globale.*
Le problème était la rémunération de la mise à disposition.
*je voulais dire par la copie privée, mais ce n'est pas grave
J'ai regardé comment ça se passait sur les réseaux de téléchargement, par exemple BitTorrent.
Les gens y laissent à disposition des « semences » (seeds) les morceaux qu'ils apprécient.
Ainsi, en donnant une partie de sa bande passante, on aide les artistes qu'on aime (1).
Donc la mise à disposition devrait être rémunérée selon l'acte d'appréciation.
Dès lors on est dans un schéma complètement différent, parce que là où le fait de mettre à disposition des œuvres fait connaître des artistes, dans le système traditionnel, basé sur la consommation, on s'en trouve criminalisé parce qu'on a pas l'autorisation de l'auteur.
De là est apparue une proposition législative de mécénat global, qui n'est pas basée sur un schéma de consommation.
Pour financer les œuvres d'artistes sous licence libre, qui ne sont pas dans des SPRD = Société de Perception des Droits, il fallait créer pour eux une SARD = Société d'Acceptation et de Répartition des Dons.
Ensuite, Valentin Lacambre (2), André Pasquini, Jérémie Nestel, à qui il faut rendre hommage, se sont dit qu'ils pouvaient mettre en œuvre ce système sans attendre la proposition législative ne soit adoptée, ce qui à mon avis mettra un certain temps, une SARD dès maintenant. Cela a été leur idée, ça s'est passé pendant le mois d'août (2009) pendant que les autres étaient en vacances !.
C'est ce qui fait la différence avec la licence globale, qui elle ne peut pas être mise en place de manière autonome.
Dans la licence globale, qui paye et qui reçoit l'argent !
Ceux qui payent, ce sont les internautes via les FAI, et qui reçoit l'argent, grosse question !
C'est la même chose que les licences radio, on fait une analyse des flux, puis ça passe par l'intermédiaire des SPRDs, pour ensuite rémunérer, finalement, les Johnny Halliday etc...tandis que les artistes émergents restent noyés dans la statistique... sans compter les frais de gestion de la SACEM qui sont exorbitants !
La licence globale consiste ainsi à payer pour un flicage du réseau qui va coûter très cher, et une répartition inéquitable. C'est d'autant plus inacceptable qu'on a caché aux gens qu'ils allaient devoir payer pour cette sécurité, que sont les frais de l'état : la justice, les frais de répression, le monitoring, le filtrage, et puis les frais chez les FAI.
Mais de quelle « sécurité » ils parlent ?
Ah ! C'est une façon de voir, c'est la sécurité pour empêcher les gens de télécharger ou d'accéder à des contenus protégés par les droits d'auteurs (ou les droits privateurs pour reprendre le mot de Stallman).
Il y a beaucoup de dons sur internet, et là il est question de les centraliser pour ensuite les répartir entre les auteurs qui seront inscrits à la SARD, c'est ça ?
Il y a déjà des systèmes disparates ou intéressants qui font ça. Ici il va s'agir, je ne dirais pas « centraliser » mais plutôt « globaliser » un mode de financement pour qu'il soit homogène, et qui donne une garantie de sérieux.
D'autre part, (j'aime bien dire que) cette manière de globaliser les dons est d'une certaine façon une forme de désobéissance civile par rapport à l'HADOPI.
Je pense que les gens donneront à la fois pour les œuvres qu'ils apprécient, ce qui par ailleurs les rend acteurs puisqu'on les consulte (là où dans la licence globale on ne les consulte pas), et à la fois parce que c'est un acte de désobéissance civile vis-à-vis de l'HADOPI.
Est-ce qu'on a un retour sur qui a reçu quoi ?
Bien sûr, tout sera transparent.
Les amis qui travaillent sur la SARD sont tous d'accord là-dessus, ce sera une gestion totalement transparente, et même, à la question de savoir si on rend un pourcentage sur les sommes reçues, c'est non, puisqu'on demande des dons spécifiques pour financer le système.
Les auteurs, eux trouvent injuste que leur œuvre soit reprise sans qu'ils ne touchent rien, tandis qu'ils trouvent stupide de ne pas la diffuser autrement que dans le cadre d'un achat.
Est-ce que la SARD va leur permettre de distribuer leurs œuvres gratuitement ?
Premièrement, comme la SARD est un système de dons, on survole complètement toutes les questions de droit d'auteur.
On ne peut pas interdire les dons, ni ces dons de se trouver répartis entre les contributeurs d'une œuvre.
Donc d'un côté juridique à ce niveau-là, et même on peut accepter les dons pour des artistes internationaux dans n'importe quel pays, et les recevoir dans n'importe quel autre.
C'est un système complètement parallèle au système des droits d'auteurs.
Cela ne veut pas dire que les gens qui sont à la SARD autorisent ou n'autorisent pas la diffusion des œuvres.
Il est clair que pour les auteurs qui sont sous licence libre c'est un avantage énorme, puisqu'il n'y a aucun autre système de financement pour eux.
Pour ceux qui ne sont pas sous licence libre, là il y a une ambigüité. Ça a été discuté. Effectivement dans certains cas, comme les gens sont piégés par la SACEM il est difficile qu'ils s'en sortent tout de suite. Dans ce cas, on peut accepter le don pour des œuvres même si elles ne sont pas librement accessibles... en droit, car dans les faits elles le sont !
En effet !
Un droit qui ne peut pas être mis en œuvre est un droit inutile et inadapté.
L'avantage est que cela est fait sans hypocrisie. Par exemple avec la taxe sur la copie privée, il est question de compenser le piratage entre guillemets, alors que juridiquement on ne peut pas demander de l'argent pour quelque chose qui est interdit par la loi !
Pour M. Stallman, il n'y aurait pas besoin de beaucoup d'impôts pour rémunérer tous les artistes, à condition qu'on ait un bon système de répartition. Pour lors il s'agit de dons, mais n'y aura-t-il pas d'autres sources de revenus ?
Non pour l'instant il n'y a pas d'autres sources de revenus que les dons car c'est l'instrument juridique le plus adapté.
Maintenant ces dons peuvent provenir des internautes, mais aussi des FAI.
Ces FAI peuvent prévenir la redevance, c'est à dire « la somme prélevée par l'état au profit d'un tiers qui n'est pas l'état », qu'il va y avoir sur les FAI.
L'HADOPI 2 ou 3 ne va pas marcher, et donc les bruits de couloir disent qu'il va y avoir une redevance sur les FAI.
Si les FAI, qui ne sont pas sous l'influence des lobbies, ont mis un système de mécénat global permettant à l'internaute d'attribuer 3 ou 4 euros, pour donner un exemple, au profit de tel ou tel artiste, à ce moment-là il peut prévenir cette redevance.
Le FAI peut aussi procéder par l'intermédiaire d'une fondation créée ad-hoc, dans ce but-là, pour permettre le financement de la création.
L'histoire ça va être de rivaliser contre la loi HADOPI, qui pourtant est institutionalisée.
Ça va être une compétition de systèmes juridiques, contre un système répressif qui ne marchera pas, et qui coûtera de l'argent.
On verra bien lequel est le plus efficace et adapté.
Dans la proposition législative on laisse le choix, mais sans l'attendre on propose déjà aux internautes de participer au mécénat global.
Si quelqu'un se fait épingler parce qu'il télécharge, mais qu'en même temps il a déjà fait des dons, ou par le simple fait qu'il s'inscrive comme artiste*, même si ses œuvres sont protégées, vis-à-vis du juge on ne pourra moralement pas le qualifier de « pirate » !
Qu'il soit juridiquement un contrevenant à une loi mal adaptée, c'est possible, mais qu'il soit moralement un pirate, non.
*je me suis emmélé les pinceaux... comme d'hab..
il faut corriger pour ca devienne compréhensible :
parceque l'oeuvre téléchargée est inscrite au registre
de la SARD même si l'oeuvre est protégée, alors vis-à-vis...
**Zut! on l'avait corrigé et finalement on a préféré laisser la version in texto
On parle tout le temps des artistes, mais qu'en est-il pour les logiciels libres, etc...
Les logiciels libres sont considérés comme une œuvre numérique, et donc ça permet un mode de financement des logiciels libres, c'est important.
Et j'insiste aussi, la presse en ligne est concernée.
Il n'y a pas de mode de financement qui marche. La publicité est devenue évanescente avec la crise économique, donc il se pose un réel problème de financement de la presse, plus ou moins institutionnalisée, alternative, ainsi que les blogers.
Le mécénat global et la SARD peuvent être un moyen de financer à la fois cette presse, et en plus de déterminer quels sont les articles les meilleurs, en collectant une statistique, qui autrement coûterait très cher.
II. Comment ça fonctionne
Ceci nous conduit à parler de l'évaluation de la valeur d'un produit.
J'appelle ça une œuvre
Ok, il va être à chaque fois question de leur affecter une valeur afin de déterminer la répartition. Comment ça marche, comment on affecte une valeur à une œuvre ?
Dans la SARD les gens font des dons, ce qui du coup donne une valeur. Maintenant est-ce que ce montant correspond réellement à la valeur artistique de l'œuvre, est une autre question.
Parfois on peut vouloir motiver un nouvel artiste, un nouveau journal, un sculpteur numérique, et donc peut-être qu'il y aura des systèmes de correction vis-à-vis de cela.
Ce sont les internautes qui expriment leur choix.
Donc ils donnent des notes avec des étoiles par exemple ?
Non, ils donnent un montant, à partir de quoi on peut extrapoler des étoiles.
Mais quand ils donnent c'est pour une personne, pour plusieurs personnes, pour l'ensemble des artistes ? Ou encore seulement ceux qui font de la musique électronique par exemple ?
Effectivement, on pourrait imaginer, ça me vient à l'instant, de découpler entre la somme et la note qu'on donne, c'est du remue-méninges ça demande du brainstorming. C'est une idée à explorer.
Cette question est celle de la création de la valeur. Dans l'économie on se demande comment se créent les prix, c'est une science à part entière, et ici il va être question d'affecter une valeur (à une œuvre, afin de déterminer comment répartir les dons)
Cette question peut se poser pour ceux qui donnent de l'argent, mais n'affectent pas à qui ils le donnent. Ils le donnent globalement, afin qu'il soit réparti en fonction des extrapolations venant de ceux qui ont le temps de s'exprimer.
Là il y a un débat, pour savoir comment cette somme qu'on appelle « le pot commun » est affecté. Fait-on des corrections non linéaires ? Richard Stallman a propose la racine cubique pour faire en sorte que les petits soient favorisés par rapport aux gros. Il y a aussi la proposition de favoriser les œuvres récentes par rapport aux œuvres anciennes.
Ceci renvoie à une autre question, au bout d'un certain temps une œuvre peut tomber dans le domaine public, dans le même esprit il est possible de créer un algorithme pour faire une descente douce entre la propriété privée et la propriété publique.
Généralement une œuvre du domaine publique est celle d'un auteur décédé, dont ça met pas mal de temps.
D'autre part est-ce qu'on va financer une œuvre tombée dans le domaine publique ?
Certains ne sont que pour la rémunération des artistes vivants.
Dans certains cas, on m'a parlé de la veuve de Chardin qui est un peintre du XVIIIème qui vivait dans la misère alors que ses tableaux se vendaient très cher, on peut l'admettre pour les héritiers.
Mais pour les héritiers qui sont des purs rentiers, on peut se demander si les gens veulent donner aux héritiers de Michael Jackson.
Dans une approche strictement économique, on va évaluer une qualité plutôt qu'une quantité.
La quantité n'a plus rien à voir puisqu'on fait autant de copies qu'on veut. Du point de vue économique il y a une approche de l'élaboration du prix par les coûts.
C'est clair que faire une petite musique dans son coin ne coûte pas très cher, tandis que faire un film avec des effets spéciaux ça coûte très cher. Est-ce qu'il y aura une gestion de ces coûts ?
A mon avis ça doit reposer sur l'éducation des internautes. Ils savent qu'un film ça coûte plus cher (3).
C'est surtout l'algorithme qui doit tenir compte, par des paramètres, de ces questions ; autant de la valeur affective, que des coûts initiaux.
C'est un point intéressant qui n'a pas été abordé, on pourrait imaginer que les auteurs d'une œuvre donnent une indication du coût.
Et ça renvoie au fait qu'un système doit toujours prévenir les abus... (question zapée)
A ce moment-là on dira tel film a coûté très cher, donc je dois donner comparativement plus.
Et surtout, il s'agit de spécifier le coût de l'œuvre, ce qui est un montant hormis le but lucratif. Ce n'est pas un montant qui est gonflé par rapport à la réalité.
Ah effectivement, il faut savoir si ce montant inclus les bénéfices...
c'est à voir, ça mérite une discussion.
III. Une nouvelle économie
Bon, on l'a vu, il peut y avoir plein de développements possible, comment est-ce que vous voyez l'évolution du concept de la SARD ?
On est dans une terre nouvelle. On découvre de nouveaux territoires. On ne sait pas trop ce qu'on va découvrir, les solutions auxquelles on va arriver, donc il faut partir de manière très prudente dans une expérimentation, et on va bien voir comment est la réaction du public.
Peut-être les gestions devront être adaptées aux types d'œuvres, pour la presse ce ne sera peut-être pas effectivement le même algorithme, comme tu dis,
oui, plutôt pas les différents paramètres d'un même l'algorithme
… pour la musique, pas les mêmes paramètres, y compris selon que c'est de la musique électronique ou de la chanson française.
Outre les dons, l'argent peut provenir des impôts, ou encore, ce à quoi ça affère, il peut y avoir beaucoup d'autres domaines pour lesquels le système du profit est parfaitement inadapté.
Il y a la santé, l'éducation, l'alimentation, il n'y a aucun intérêt à ce que cela soit le fait d'un système de profit.
Dès lors il n'est plus question de profit, mais d'abord d'une répartition équitable.
Alors je prolonge la question !
La non injuste répartition des richesse était une idée complètement utopique avant l'invention de l'informatique.
Avec ce système on se dirige vers un monde où on a un algorithme qui est responsable de cette répartition des richesses.
Disons que d'une manière plus restreinte, et peut-être plus réaliste, c'est un nouveau mode de financement des œuvres numériques.
Pour les œuvres non numérique, il y a d'autres systèmes qui ont été proposés et qui historiquement se sont cassés la figure (4).
Là, dans le domaine des œuvres numériques, les dispositions juridiques sont complètement différentes, et on n'essaye pas de refaire un monde, mais d'en créer un autre.
Je ne voudrais pas que cette proposition-là soit enfermée dans une discussion politique classique, sur l'état actuel de l'économie.
On va au-delà. On propose un système qui est philosophiquement et techniquement mieux adapté à l'économie numérique. Je ne pense pas qu'on puisse projeter sur cet univers nouveau des idées qui ont été conçues au XIXième siècle.
Donc là on est dans un terrain nouveau, et il ne faut pas s'enfermer dans des idéologies anciennes, et à mon avis c'est ça qui va être le plus difficile, c'est de sortir d'un carcan intellectuel qui n'a pas du tout été conçu pour ce système.
Une question que nous avons obtenue en parlant de ce projet à des auteurs :
Qu'est-ce qui va motiver les auteurs à s'inscrire à la SARD ?
Déjà, la SARD est une association qui aidera à mettre au point ce système de répartition des dons.
Il n'est pas nécessaire de faire partie de l'association, c'est un service offert par l'association.
Il n'est pas besoin d'en être membre, il suffit de s'y inscrire pour en profiter.
Alors pourquoi ils peuvent s'inscrire, dit simplement ils n'ont rien à y perdre. S'ils reçoivent zéro, dommage, sinon tant mieux.
Si c'est un artiste qui se plaint que ses œuvres sont téléchargées, d'un côté il y a la SACEM qui promet de faire une répression (à but lucratif, NdW) et ne pouvant plus être téléchargés, les ventes de CD devraient augmenter !
Le second discours c'est de dire que le téléchargement, le partage fait partie intégrante de la société de l'information, et on cherche un mode de financement qui va dans le sens du partage.
C'est une approche complètement différente, une approche positive, opposée à celle qui vise à détruire les fondements même de la société de l'information.
A l'heure actuelle, on pense à l'économie numérique comme moyen de contourner la crise financière, et à mon avis ça l'est (5). Par contre est-ce que les moyens de l'économie numérique sont adaptés, à l'heure actuelle la réponse est non.
Cela veut dire qu'il faut imaginer des moyens, un écosystème de financement qui permet de rémunérer les œuvres et les auteurs. Cela ne veut pas dire que le système doit être nécessairement commercial,
il peut être autre chose.
C'est à mon avis ça la véritable nouvelle économie, elle est là !
Avant c'était une bulle, boursière, qui ne correspondait à rien du tout.
Et la nouvelle économie est peut-être là.
C'est un écosystème numérique.
Alors, comme on en parlait (NdW, avant l'interview), si on crée une startup, un nouveau média, il faut de la publicité, on dépense de l'argent etc...
Tandis que là non justement, la publicité va se faire par la découverte et l'exploration des utilisateurs.
C'est la qualité des œuvres elles-mêmes qui font la qualité et se font ainsi connaître (6).
On arrive à un écosystème financier qui est autre, on invente une véritable nouvelle économie beaucoup mieux adaptée et beaucoup moins coûteuse à mettre en place, que la projection inadéquate de l'économie matérielle sur l'économie numérique.
Beaucoup d'analystes sont arrivés à la même conclusion selon laquelle c'est par les arts que finira par apparaître un nouveau système économique.
C'est possible parce que les artistes sont quand même à la pointe du progrès, donc on peut le concevoir.
En tant que scientifique, je suis malheureux de voir que des articles scientifiques sont souvent publiés par des revues qui verrouillent leur contenu. Là on est dans une situation inverse, paradoxale, sachant que la toile a été créée justement pour la diffusion d'information scientifique.
C'est vrai c'est un énorme problème.
C'est pour ça que je me suis engagé dans cela, en raison de l'absurdité de la diffusion de l'information scientifique.
Si on veut effectivement combattre la crise, il faut déjà déverrouiller cette information technique pour permettre justement à des entrepreneurs de démarrer des nouvelles activités.
Tu nous parlais de l'annuaire qui permettrait de se passer du système commercial, en faisant que les gens soient automatiquement informés des nouveaux produits.
C'est un autre développement qui est possible.
En tant que chercheur j'ai proposé de nouveaux espaces de nommage, par l'utilisation d'un paramètre oublié que j'ai redécouvert... comme dans une fouille archéologique.
Quel paramètre ?
C'est le paramètre class dans le DNS. (7)
J'envisage de demander à la communauté du libre, que ce soit pour des œuvres artistiques, scientifiques, d'information, d'utiliser ces métadonnées qui permettent de mieux les identifier, et ainsi d'être plus facilement visible.
Car ainsi cette extension est susceptible d'être transformée en une gigantesque base de données.
Et là véritablement, on met en œuvre la seconde révolution industrielle, parce que la toile pour l'instant n'a pas été mise en œuvre.
Pourquoi on n'a pas utilisé les métadonnées, parce qu'il y a eu des troubles-fêtes, des gens qui ont pourri les métadonnées pour faire monter des sites douteux, ou encore des sites commerciaux, et au lieu d'avoir des moteurs de recherche qui font confiance aux métadonnées, on a eu seulement des moteurs qui font des recherches en plein texte.
De là vient l'immensité de l'empire Google, qui quand même repose sur une thèse de doctorat.
C'est un algorithme, qui sert à lutter contre les gens qui pourrissent leur site pour le faire monter.
Dans ces classes, il y aura une autre gouvernance qui ne sera pas dictée par ces gens-là, que sont les pollueurs de métadonnées, et à ce moment-là on pourra créer comme tu le précises des espaces de nommage, où pourront être mises en place des bases de données, où justement on pourra faire connaître et évaluer la qualité de tous les nouveaux produits.
Surtout c'est énormément plus économique en ressources
Clairement.
Et à ce moment-là, si on parle de lutter contre la crise, il ne s'agit pas de faire de la répression, mais de faire de l'innovation, de créer de nouveaux concepts.
Bravo, Merci.
Notes de rédaction
(1) cette idée est souvent reprise dans l'interview, et mériterait un débat entier.
(2) Valentin Lacambre, cofondateur de Gandi (Gestion et attribution des noms de domaine sur Internet),
(3) ça fait penser qu'il peut y avoir une barre de remplissage, pour voir si les dons perçus couvrent les coûts.
(4) euh, disons plutôt qu'on leur a pété la figure
(5) à nous il apparaît assez stupide d'espérer réparer ce « truc » qu'est le système économique
(6) ce qui revient à dire « la nouvelle main invisible du marché », nous ne sommes pas si certains du résultat obtenu par un système auto-mû. Cela dit il est quand même question d'externaliser à la « démocratie » la fabrication de la valeur, donc c'est intéressant !
(7) Le paramêtre class permet de mettre fin au monopole de l'ICANN et d'ouvrir
la gestion de chaque class à une gouvernance différente Voir le site net4D
Suivront la vidéo et articles d'analyse
The SARD-in
Paru dans dav/politic le 091003:1511

Argument en faveur de la répartition globale
On parle de globalisation, ici avec la SARD il va s'agir de globaliser un mode de financement volontaire.
En fin de compte le financement volontaire est ce que devraient être les impôts. C'est donc une certaine manière (bien maîtrisée ai-je constaté à mes dépends !) de se montrer outrageusement provoquant.
Mécénat Global : interview du Dr. Francis Muguet - vidéo
interview réalisé le 28/09/2009
si on parle de lutter contre la crise, il ne s'agit pas de faire de la répression, mais de faire de l'innovation, de créer de nouveaux concepts
http://oil-gazolyne.com/users/newsnet/video/FrancisMuguet909281513.flv
si on parle de lutter contre la crise, il ne s'agit pas de faire de la répression, mais de faire de l'innovation, de créer de nouveaux concepts
http://oil-gazolyne.com/users/newsnet/video/FrancisMuguet909281513.flv
Rue89 s'apprête à lancer MCN, et le pure-player entrevoit la lumière ...
Rue89 lance une initiative bienvenue pour le financement des pure-players de l'information sur le Net. Il est proposé (enfin !) au lecteur de verser directement de l'argent à la presse web qu'il aime, toujours en mal de business modèle rentable.A vot' bon coeur ! Comment endiguer la banqueroute qui menace en l'absence de modèle économique ? MCN, un projet de contribution volontaire proposé par Rue89 se veut être la solution pour renflouer les caisses des publications sur le web... On attendait depuis longtemps la possibilité pour le citoyen lambda de soutenir financièrement, et simplement, les parutions en ligne, tant que l'assise financière des pure players n'est pas fermement établie. Les détails restent à déterminer, mais l'on sait déjà que ce projet, au nom provisoire de MCN ("mécène") a été accepté suite à l'appel d'offre de projet web innovant du secrétariat d'Etat à l'économie numérique ; celui-ci pourrait assurer au moins 40% du financement, le reste serait notamment pris en charge par Rue89 et ses (futurs) partenaires. Rue89, en concertation avec d'autres sites, blogs, ne portera pas seul le projet.
Un modèle économique astucieux pour la musique !
Publié le 07 novembre 2009 par CalimaqOn parle beaucoup du don en ce moment comme d'un possible modèle alternatif de financement de la création, qui permettrait de concilier le libre accès aux biens culturels avec une forme plus juste de rémunération pour l'auteur. L'idée est de créer un modèle économique de financement qui passerait par le versement de micro-paiements volontaires effectués par la masse des internautes plutôt que par des prix fixés par des intermédiaires s'interposant entre l'artiste et son public.
Faut-il et peut-on réguler le marché du don ?
La générosité des Français doit-elle être plus équitablement répartie entre les causes ? Le débat est lancé depuis que le président du Sidaction, Pierre Bergé, a accusé le Téléthon, dont la 23 e édition commence vendredi 4 décembre sur France Télévisions, de "parasiter la générosité des Français d'une manière populiste".