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Abandonner les moules de pensée sclérosés : De nouveaux systèmes monétaires pour sortir de la crise
< 100309:1842 Stay horizons-et-debats 8 min rss
par Hermann Kendel, Berlin
Tant qu'il sera possible de produire de l'argent grâce aux intérêts, ce sera une façon de le retirer à l'économie réelle. Ainsi, en Allemagne ce sont environ un milliard d'euros de 80% de la population qui se transmettent dans le cercle restreint des plus riches de cette terre.
Ce transfert se passe généralement sans qu'on s'en aperçoive: les entrepreneurs ont besoin d'argent des banques pour produire, elles reportent sur les marchandises les coûts des intérêts. Ainsi se retrouvent cachés dans les prix des marchandises entre 30 et 70% d'intérêts, lesquels passent dans les mains de ceux qui ont prêté l'argent. Alors que leur fortune augmente de façon exponentielle, grâce aux intérêts composés, les dettes du gouvernements, des Länder et des communes en font autant.
Tous les partis en Allemagne s'imaginent que cette spirale de dettes ne pourra être stoppée que par la croissance économique. Toutefois, une croissance exponentielle de l'économie n'est mathématiquement pas possible. Le Club de Rome avait déjà démontré, il y a environ quarante ans que la croissance économique était, en fait, nocive, tant pour l'équilibre écologique que pour la survie des humains.
Du fait que l'écart entre riches et pauvres s'élargit toujours plus, la population ne trouve plus assez d'argent pour acheter les biens produits par les entreprises, ce qui provoque la faillite de ces dernières et on à affaire régulièrement à des crises économiques dramatiques, ce qui provoque des remous sociaux du fait du fort chômage.
Parallèlement, l'influence du capital financier s'impose aux gouvernements du monde. On tente de résoudre le mécontentement social en engageant de nombreux chômeurs dans l'industrie des armements. De ce fait, on met en route des guerres criminelles et fort coûteuses, puis on reconstruit les infrastructures détruites.
Les banquiers américains les plus riches mirent sur pied, au début du siècle passé, la Réserve fédérale (FED: Federal Reserve System) laquelle imprime le dollar et décide du taux directeur valable dans le monde entier. Elle détient en grande partie le pouvoir sur les gouvernements du monde. Il serait, par exemple, impossible à l'Allemagne de décider de défaire sa monnaie des intérêts. (Il est vrai que la Chine y est parvenue dans une large mesure).
Et pourtant, il y a une issue: lors de la dernière crise économique mondiale, au début des années trente, le maire de Wörgl, petite commune autrichienne, Michael Unterguggenberger, avait réussi à mettre un terme à leur crise. Il parvint à convaincre les personnalités les plus importants du lieu, notamment les membres du conseil communal, de payer les frais de la commune au moyen de bons de travail. En effet, les citoyens de la commune ne pouvaient plus payer leurs impôts et de ce fait la commune risquait la faillite.
Ces bons n'étaient valables que dans la mesure où on y mettait chaque mois un timbre qui coûtait 1% de la valeur du bon. Ces bons permettaient des achats au sein de la commune, de verser les impôts et de procéder à d'autres dépenses. Comme personne ne voulait payer le timbre à la fin du mois, on se dépêchait de dépenser cet «argent». Ces bons changèrent de mains cinq fois plus vite que l'argent officiel, le Schilling. L'économie s'épanouit, les habitants payèrent ponctuellement leurs impôts, la commune fit réparer les rues, construire un pont, un tremplin pour le saut à skis. Le nombre de chômeurs diminua rapidement et on put de nouveau payer les prestations de chômage. Plus d'une centaine de maires autrichiens, désireux de surmonter la crise, prièrent Monsieur Unterguggenberger de leur donner une conférence. On parla loin à la ronde du «miracle de Wörgl».
Le président de la République française visita Wörgl et en rapporta au Parlement. Irving Fisher, aux Etats-Unis, envoya son assistant dans cette localité, et de nombreuses thèses de doctorat furent rédigées. Cette expérience intéresse encore aujourd'hui les économistes. A la suite de plaintes devant les tribunaux, la banque autrichienne fit stopper cette expérience au bout de 15 mois. Le gouvernement central avait déjà perdu les moyens d'agir. Puis vint le Troisième Reich qui travaillait étroitement avec le capital financier mondial. De ce fait, cette expérience n'eut plus aucune chance. Le capital financier international finança la guerre mondiale et engrangea d'énormes bénéfices dans la fabrication d'armements et dans la reconstruction par la suite! Aujourd'hui, nous affrontons à nouveau une crise économique mondiale. Des guerres adéquates sont en cours et se développent «bien».
Au lieu de nous casser la tête sur les symptômes de la crise, nous ferions mieux, nous-mêmes et le gouvernement fédéral, de nous souvenir du «miracle de Wörgl». Le gouvernement ne peut plus soutenir les communes, qui sont totalement appauvries et endettées, étant lui-même fort endetté, il en va de même pour les Länder. Mais le gouvernement pourrait dès à présent encourager les communes à prendre en compte les expériences de M. Unterguggenberger à Wörgl et décider que les dépenses locales puissent être payées par les impôts prélevés dans leur propre monnaie locale. Comme l'avait démontré l'expérience d'alors, il est tout à fait possible d'assurer une vie décente aux citoyens d'une telle commune. (Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que cette «monnaie fondante» a apporté la prospérité aux citoyens; on la retrouve au Moyen Age pendant des siècles et en Egypte pendant des millénaires).
La nouvelle du succès d'une telle initiative se répandra très rapidement dans les autres communes, comme ce fut le cas à Wörgl, et dans la mesure où le gouvernement central et ceux des Länder protègeraient l'action de ces communes, on pourrait envisager de relier ces monnaies locales entre elles, ce qui pourrait permettre, par exemple à quelqu'un de Berlin d'acheter une voiture à Wolfsburg en payant en partie avec la monnaie locale. Puis on pourrait aussi envisager d'autoriser le payement d'une partie des impôts régionaux et fédéraux au moyen de ces monnaies locales.
Cette façon de procéder s'appliquerait plus facilement si le système fiscal était modifié et simplifié de telle façon que ce ne serait plus avant tout le travail qui serait imposé, mais qu'on imposerait les achats de marchandises et l'acquisition de services. Ainsi la collecte des impôts serait beaucoup plus simple et le travail ne serait plus «puni» par ces impositions. Les personnes aisées seraient contraintes de dépenser rapidement au moins la partie de l'argent qui leur aurait été versée en monnaie locale, du fait que celle-ci perdrait chaque mois de sa valeur! Une partie grandissante de cette argent s'écoulerait ainsi à nouveau dans le cycle de l'économie.
Avec une TVA d'environ 50%, les personnes riches, dépensant plus, contribueraient plus fortement à remplir les caisses de l'Etat. Les classes pauvres pourraient être déchargées dans la mesure où les aliments de base seraient exemptés de TVA. Cela aurait pour conséquence heureuse que l'agriculture allemande ne devrait plus être subventionnée.
A cause des activités économiques internationales il devra naturellement être possible de changer ces monnaies locales en euros, en dollars ou dans une autre monnaie!
Mais ce n'est naturellement possible que si celui qui voudrait acheter des monnaies internationales était disposé à dépenser un peu plus en monnaie locale, ce qui représenterait une légère perte.
Il va de soi que tout un chacun - ce qui est très important - pourrait déposer sa monnaie locale sans perte de valeur dans une banque coopérative locale comme économie pour l'avenir. Certes, ce serait sans intérêts, mais la banque lui rembourserait en tout temps l'intégralité de son versement. La banque prêterait l'argent à des investisseurs qui ne paieraient pas non plus d'intérêts, mais seulement une taxe pour couvrir les frais et les risques de la banque. Ces derniers devraient rembourser leur dette en entier au moment voulu, ce qui permettrait à la banque de rendre la somme entière aux épargnants. Il va de soi que les banques paieraient leurs employés correctement - sans bonification, etc.
Ainsi la crise serait surmontée rapidement au niveau des communes pour commencer, puis dans les provinces et enfin sur l'ensemble du territoire. Toutefois, le succès ne peut être assuré - et on le sait depuis environ 80 ans - que dans la mesure où l'on interdirait aux gens très riches d'échapper à ce modèle économique par la spéculation foncière.
Le succès de cette entreprise sera assuré dans la mesure où la réforme commencera au niveau des communes: il ne serait possible d'acheter un immeuble que par un détour. Le vendeur ne pourrait vendre qu'à la commune et l'acheteur n'obtiendrait ce bien de la commune que sous forme de bail emphytéotique! L'acheteur ne serait alors que possesseur du bien et non pas propriétaire, ce qui éliminerait toute spéculation foncière. Au bout de plusieurs décennies, le sol reviendrait à la commune et à ses citoyens, comme d'ailleurs l'eau et l'air. Certes, ce processus est très lent, mais toute spéculation foncière serait éliminée.
Ce modèle d'«argent circulant» permettrait de réduire lentement l'écart entre les riches et les pauvres. La valeur de l'argent restant stable, les risques de crises se réduiraient et il serait beaucoup plus difficile de financer l'industrie d'armement et de déclencher des guerres. Mais la démocratie y gagnerait en forces. •
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