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On croit que les démocrates aux Etats-Unis, le Labour en Grande-Bretagne et les autres socio-dèmes dans le monde ont atteint le fin fond de l'ignominie, qu'il ne peut rien avoir de plus bas. Ils font pourtant de (1) gros efforts en ce sens.

Eh bien non, reviennent les républicains, aux Etats-Unis, ou les conservateurs, avec Cameron, en Grande-Bretagne, sur le devant de la scène politique et les voilà avec des idées innovantes pour creuser les bas-fonds encore plus profondément.

Cameron, par exemple, et son projet de "Big Society", s'attache à racler tous les fonds de tiroirs des pauvres que leur avaient laissés par inadvertance Blair et Brown.

Aux Etats-Unis, dans sa loi sur l'assurance-maladie, Obama, alors qu'on ne le lui demandait pas vraiment, avait décidé que les IVG ne seraient pas pris en charge par les contrats d'assurance maladie subventionnés par l'Etat, sauf en cas de viol ou d'inceste, ou si la vie de la mère était en danger.

C'était déjà attaque suffisante contre les femmes et le droit à l'avortement.

On aurait même pu se dire qu'on ne pouvait pas trouver plus restrictif.

C'était compter sans l'imagination des néocons USaméricains.

Fraîchement élus à la Chambre des Représentants, ils se sont empressés de déposer un projet de loi pour redéfinir la notion de "viol". Si, si! Ben, oui, des fois que c'en serait pas vraiment un et qu'on paierait une IVG à des simulatrices qui escroqueraient l'Etat pour un petit confort personnel, voire un assassinat.

Vous voulez que je vous dise? Je suis écoeurée de voir le monde comme il tourne.

Voici un billet de Christopher Brauchli: "How Republicans Are Working to Save the Republic/ Redefining Rape, and Other Pressing Matters", publié le 4/6 février 2011 dans CounterPunch

Comment les républicains veulent sauver la république

Il est important de s'attaquer à la législation dès le tout début d'une session du Congrès dans la mesure où elle ne dure pas bien longtemps. En janvier, les élus de la Chambre des Représentants auraient pu, s'ils l'avaient souhaité, travailler 21 jours, mais ils n'ont siégé que 11 jours. Les jours où ils n'étaient pas en séance, c'est qu'ils étaient pris par des activités importantes, comme, par exemple, ne pas se trouver à Washington.

Le représentant Joe Walsh, républicain de l'Illinois, nouvellement élu, l'a bien fait comprendre quand il a expliqué pourquoi il dormait dans son bureau: "je pense qu'il est important de montrer que nous n'habitons pas ici, que nous ne sommes pas originaires de cette ville... je ne veux pas vivre ici. Je veux rester chez moi tout le temps".

N'avoir travaillé que onze jours lui a permis d'atteindre, en partie, son objectif.

La toute première initiative de la Chambre a été de voter l'abrogation de la loi sur l'assurance maladie (rejetée en fév. par le Sénat, NDT). C'était le projet de loi N°1 de la Chambre.

Moins médiatisé, il y a ensuite eu le projet de loi N°3 qui propose de redéfinir le viol dans le but de délimiter les cas de remboursement de l'IVG.

On ne peut pas sous-estimer l'importance de cette législation. A une époque où les républicains se sont engagés à traiter en priorité les questions urgentes négligées par les Démocrates quand ils faisaient la loi, il est réconfortant de voir qu'il restera toujours du temps pour s'occuper de questions dont personne ne savait qu'elles étaient urgentes mais qui le sont, de toute évidence, pour certains élus de la Chambre.

Redéfinir la notion de viol en fait partie.

Ce n'est pas une question aussi urgente qu'elle l'aurait été si l'abominable charia, dont les élus d'Oklahoma ont courageusement voté l'interdiction (2), faisait partie de notre culture.

Dans certains pays où la charia est en vigueur, une femme qui porte plainte pour viol s'apercevrait qu'au lieu de voir incriminés ceux qui ont commis le crime, c'est elle qui serait sans doute accusée d'adultère et lapidée à mort.

Si les Etats-Unis avaient ce genre de loi, on comprendrait aisément pourquoi Chris Smith, élu du New Jersey, estimerait la question si importante qu'il faille absolument la faire figurer en 3° position des projets de loi présentés à la Chambre. Bien sûr, la charia n'étant pas en vigueur aux Etats-Unis, il n'y avait pas urgence à débattre si tôt dans la session d'une redéfinition du viol destinée aux lois fédérales.

Le projet de loi N°3 s'appelle "loi: pas d'argent public pour l'avortement". Ceux qui le soutiennent seraient la plupart des élus républicains de la Chambre, dont les deux M. King, celui de New-York qui va présider les débats sur les maux qu'engendrent les musulmans dans notre société et le M. King de l'Iowa qui veut refuser la nationalité américaine aux enfants nés aux Etats-Unis de parents immigrés sans-papiers, ce qui leur est actuellement garanti par le 14-ième Amendement de la Constitution des Etats-Unis.

L'objectif de M. Smith est d'empêcher le plus possible les femmes comme, par exemple, celles qui se sont retrouvées enceintes à la suite d'un viol commis par une connaissance, d'avoir accès à l'IVG, sauf à payer de leur poche.

Outre les clauses prévues précédemment (3) qui excluent la prise en charge des IVG, le projet de M. Smith propose de nouvelles restrictions au droit d'accès à l'avortement.

Si on retire de l'argent d'un plan épargne-santé pour rembourser une IVG, cette somme ne pourra pas être déductible des impôts en tant que dépenses médicales et l'argent versé pour un contrat d'assurance-maladie ne sera pas déductible des impôts. Ce ne sont là que quelques clauses restrictives parmi celles proposées par M. Smith. Il y aura des exceptions à ces restrictions si la femme enceinte "a fait l'objet d'un viol avec usage de la force, ou si c'est une mineure, en cas d'inceste." Il est également prévu une exception dans le cas d'avortements pour raison de santé.

Réagissant au discours de l'état de l'union du président, Michelle Bachmann se plaignait que nous ayons une administration qui nous dit "quelles ampoules on doit acheter".

Cela ne l'empêche pas de soutenir un projet de loi qui dicte aux femmes enceintes leurs droits en ce qui concerne leur corps. Pour Mme Bachmann et ses collègues, légiférer sur le corps de ces femmes va de soi.

Ce projet de loi N°3 de la Chambre ne cherche pas à définir les termes de "viol avec usage de la force", et on ne sait donc pas si la victime doit prouver qu'elle a mis un oeil au beurre noir à son agresseur pour bien montrer que le viol a été commis avec usage de la force.

David Bryden enseignait à la faculté de droit de l'Université du Minnesota quand il a publié un rapport en 2009 intitulé "redéfinir le viol".

Dans le paragraphe d'introduction, il écrit que: "on s'accorde à dire actuellement que la définition même du viol reflète les mentalités patriarcales qui refusent de reconnaître les droits des victimes d'agressions sexuelles".

Si le projet de loi N°3 de la Chambre avait été proposé à l'époque où il a écrit ce rapport, il aurait probablement ajouté une note en bas de page pour le citer en exemple afin d'illustrer ses propos. M. Smith aurait bien besoin de lire ce rapport. Il apporterait, à lui, ainsi qu'à 172 de ses collègues, un peu de matière à réflexion qui, de toute évidence, leur fait défaut.

Christopher Brauchli

1. Le projet de budget 2012 présenté par le président Obama envisage de réduire de plusieurs milliards de dollars les subventions publiques destinées à aider les plus démunis à acquitter leur facture énergétique.

(C'était la rubrique: "Hé, les pauvres, vous avez eu froid cet hiver? Attendez de voir comment ça ce passe, l'hiver prochain!").

2. L'Oklahoma et la charia:

En novembre 2010, le Congrès a adopté une loi interdisant aux juges de s'appuyer sur des textes de lois étrangers ou sur la charia. (D'après ce que j'ai trouvé, elle serait suspendue pour l'instant parce qu'un musulman, pas plus malin que les autres, sans doute, a porté plainte).

Notons que l'Oklahoma appartient à la Bible Belt où le succès du christianisme évangélique en fait l'un des États les plus conservateurs.

Plus de 80 % des habitants de l'Oklahoma sont chrétiens. Les croyants se répartissent dans 73 affiliations religieuses principales et quelque 5 854 congrégations. La Convention baptiste du Sud; L'Église méthodiste unie, l'Église catholique romaine 168 625, etc. En 2000, il y avait environ 5 000 juifs et 6 000 musulmans, avec dix congrégations pour chaque groupe.

Répartition des habitants par confession (sur une population de 3 700 000 ha):

Évangélisme 53%
Protestantisme - 16%
Catholicisme - 13%
Autres - 6%
Sans affiliation - 12%

Avec tout ça, on peut se demander comment il pourrait prendre la fantaisie à des juges de décider d'appliquer la charia.

Mais que peut-on attendre des "républicains" aux Etats-Unis, sinon un étalage de bêtise crasse et de sadisme?

3. Obama et l'IVG

L'IVG à la demande et sans excuse

Notes annexes

Oklahoma encore:

Projet de loi pour imposer aux femmes qui ont subi une IVG de l'inscrire sur un site Internet non protégé, qui plus est - Oct 2009

Oklahoma, toujours, mai 2010:

Ce projet de loi, adopté par le Congrès, avait finalement été rejeté en février 2010, comme étant anticonstitutionnel parce qu'il enfreignait la règle qui exige qu'un projet de loi ne doit comporter qu'un sujet à la fois".

Mais les femmes en Oklahoma ne perdent rien pour attendre: ils reviennent toujours à la charge.

Dakota du Sud

15 fev. 2011 Encore des éclairés: un projet de loi est actuellement présenté au Congrès de l'état pour inclure le cas de ceux qui assassineraient des personnes qui auraient "porté atteinte au foetus" à la liste des "homicides justifiables".

C'est-à-dire, pour autoriser, de fait, le meurtre avec préméditation de quelqu'un qui pratique, de surcroît, des actes médicaux légaux.

Eh, oui, on croit toujours avoir touché le fond...

Parmi les "homicides justifiables", on a: le soldat qui tue un soldat "ennemi" en temps de guerre; l'Etat, les juges, etc., qui font appliquer ou appliquent la peine capitale; la riposte en état de légitime défense; l'euthanasie, active ou passive; etc.

Pour l'avortement, le projet s'appuie sur la loi fédérale de 2005 "Unborn Victims of Violence Act" qui définit pour la première fois le foetus comme un "enfant à naître" et, donc, comme un être humain à part entière, à quelque stade du développement que ce soit.

La brigade des cintres du Dakota du Sud (anglais)

Les ligues de vertu sont très actives dans l'état avec, entre autres, comme principale meneuse de revue, Leslee Unruh, à l'initiative des infâmes "Purity Balls", un bal où se retrouvent père et fille, l'un pour promettre de toujours protéger l'autre, et l'autre de jurer de rester "pure" avant le mariage.

Mais, non, je n'invente pas! C'est ici (voir notes annexes).

S'ils sont cinglés? Et pervers, avec ça.

Et en France, me direz-vous? Ca vient, ça vient.

Entre autres, qui s'ajoute au reste (fermetures de services d'IVG, réductions des crédits alloués au planning, etc. la routine, quoi), il y a ça :

IVG et clause de conscience

On n'y prête pas attention, mais c'est comme cela qu'aux US, ils ont réussi à faire fermer des centres d'IVG, et qu'il n'y en a plus dans certains états, faute de médecins pour pratiquer les IVG (ça, le fait que les médecins volontaires sont obligés de se cantonner à cet acte médical et le coût des assurances à cause des risques qu'ils encourent).

Cette fameuse clause de conscience permet également aux pharmaciens de refuser de vendre certains moyens contraceptifs, ou la "pilule du lendemain".

Encore cette religion qui vient se mettre en travers du corps des femmes.

blog.emceebeulogue.fr

q commentaire

newsnet
110218
R
Ici la définition du viol est modifiée dans le but de faire des économies. Et soudain il apparaît que le viol qui consiste à forcer à faire ce qu'on ne veut pas s'applique du coup aux femmes qui voudraient avorter.

Non content d'entretenir un patriarcat anachronique, l'état enfonce le clou du viol en forçant la femme à accoucher d'un enfant non désiré, pour des raisons économiques, qui sont déguisées en principes puritains et absolus, avec pour seul argument une improbable vertu qui se présente comme choquée, indépendamment de ce que pensent les personnes concernées, et qu'on voudrait pourtant leur infliger. (cela s'appelle l'obscurantisme).

En terme de bioéthique, si l'arrêt de gestation est choquante, il se peut qu'elle le soit moins que de donner vie à un être qui, pour une raison ou une autre (en fonction des cas de figure), n'est pas désirable.

Il y a de multiples conditions qui font que la naissance est une plus grande effraction morale que l'arrêt de la naissance. Si c'est choquant de mettre fin à la vie d'un enfant en gestation, il ne faut pas oublier que ce choix n'est jamais de gaîté de coeur pour les parents non plus, et que c'est malgré cela que ce choix fait parfois mieux d'être prit.

On voit que les conditions qui le permettent son listées, mais est-ce suffisant pour prévoir tous les cas de figure ? Une posture plus éthique produirait des résultats plus précis, de façon à inclure par exemple l'arrêt de la gestation des êtres malformés, tels que ceux engendrés par l'uranium appauvri utilisé dans les guerres américaines au moyen-orient (cela dit entre parenthèse).

(suite aux commentaires sur le site d'origine)
L'histoire de l'IVG à la maison est intéressant parce que c'est un argument qui va en faveur de la non-interdiction, si l'interdiction pousse les gens dans ce retranchement.

Le plus important dans l'histoire c'est qu'aucun principe ne peut être directeur des comportements, qu'aucune loi ne peut être stricte et applicable les yeux fermés, et donc qu'il faut savoir sous-peser les raisons de façon à obtenir la moins grande injustice.

Et même on peut dire qu'il n'y a rien d'enviable à naître dans un monde où on voudrait imposer des lois en raison de principes aveugles... ou pire en raison d'une radinerie mal placée déguisée en vertu effarouchée.


articles enfants ordre chronologique

Les républicains US ne sont jamais en manque d'imagination quand il s'agit de soumettre les femmes à leur volonté.

Voici une autre de leurs trouvailles dans cet article intitulé "GA Legislator Wants to Create The Uterus Police to Investigate Miscarriages", d'irishwitch, paru initialement dans Daily Kos, puis dans Alternet le 21 février 2011

Les élus républicains, en particulier ceux qui siègent depuis janvier à la Chambre des Représentants, s'acharnent à faire adopter des lois portant atteinte aux droits des femmes, comme des mesures restrictives concernant la prise en charge de l'IVG, avec, entre autres, l'objectif de redéfinir la notion de viol pour en minimiser l'importance - cela sous couvert de réductions budgétaires (infinitésimales pour ce qui concerne les avortements à la suite de viols).