9 juin par syndicat Sud-BPCE
Pour la socialisation du système bancaire
et la mise en place d'un service public bancaire
1. Banques et marchés financiers
1-1On a coutume de distinguer ces deux notions qui recouvrent deux réalités même si celles-ci, loin d'être imperméables l'une à l'autre, entretiennent d'étroites relations au sein du système financier. Le système financier a pour vocation de participer au financement de l'économie en mettant en relation les agents économiques qui ont des ressources excédentaires avec ceux qui en ont besoin pour financer leurs activités. Cette mise en relation peut s'effectuer de deux façons :
1-1-1Soit, en plaçant un intermédiaire - les banques - entre ces deux catégories d'acteurs. On désigne par le mot « intermédiation » cette activité. Dans ce modèle, traditionnellement, les banques évaluent et portent le risque, c'est-à-dire qu'elles analysent les demandes de crédit, décident ou non de les satisfaire, et une fois les prêts consentis les conservent dans leur bilan jusqu'à leur terme (on parle ici du modèle originate and hold, « octroyer et conserver » [les crédits consentis]).
1-1-2Soit, en permettant aux deux catégories d'acteurs d'entrer directement en contact sans passer par un intermédiaire. Cette rencontre s'effectue sur les marchés financiers et on parle ici de « désintermédiation ». Les marchés financiers désignent les lieux, géographiques ou non, où les différents types d'acteurs s'échangent des capitaux ou effectuent des transactions sur des actifs financiers (par exemple, des actions, des obligations ou des créances) et leurs produits dérivés (ce sont des contrats dont la valeur - et donc le risque - est « dérivée » d'un autre produit appelé « sous-jacent » qui peut être une action, une obligation, un indice boursier, un taux de change, etc.).
1-2Jusqu'aux années 1980, la séparation entre ces deux systèmes de financement était relativement bien tranchée : les banques collectaient l'épargne et à partir de celle-ci consentaient des crédits aux ménages et aux entreprises, tandis que de leur côté les marchés financiers assuraient le financement des grandes entreprises et des sociétés avec le concours des banques d'investissement. Puis, progressivement, profitant d'un profond mouvement de dérèglementation, les banques ont relégué au second plan le financement de l'économie réelle (les ménages, les entreprises, les collectivités locales) pour aller spéculer sur les marchés financiers jugés plus rémunérateurs. L'essentiel de l'activité des marchés financiers ne concerne pas le financement de projets économiques nécessaires à l'ensemble de la société, mais la spéculation qui n'est d'aucune utilité à « l'économie réelle » et ne profite qu'à une minorité. Pour spéculer davantage, la finance a inventé de nouveaux procédés, en particulier la titrisation qui consiste à transformer des crédits bancaires en titres financiers. Les banques n'ont plus conservé les crédits et les risques mais les ont transférés en les revendant sous forme de titres. On parle ici d'un nouveau modèle bancaire dit originate to distribute, « octroyer et céder », appelé également originate repackage and sell, « octroyer, restructurer et vendre ». Pour la banque, l'avantage est double : elle diminue son risque en sortant de son actif les crédits qu'elle a consentis et dispose de moyens supplémentaires pour spéculer.
1-3Depuis les années 1980, le capitalisme se caractérise par la conjonction de plusieurs traits particuliers dont les principaux sont :
1-3-1la baisse de la part salariale dans le Produit Intérieur Brut,
1-3-2une intensification (benchmark, stress, souffrance) et une précarisation (flexibilité, externalisation, mutualisation...) du travail,
1-3-3la montée du chômage,
1-3-4une économie mondiale intégrée avec l'imposition par le FMI d'une politique d'austérité aux pays du Sud à travers la mise en oeuvre de plans d'ajustement structurels qui impactent plus précisément les socles sociaux (services publics, retraites, santé, éducation...),
1-3-5la concentration des établissements financiers (qui deviennent too big to fail, « trop gros pour faire faillite »),
1-3-6le développement de la finance de marché,
1-3-7un développement de l'opacité des activités financières (avec l'apparition de nouvelles structures telles que les hedge funds [fonds spéculatifs souvent domiciliés dans des paradis fiscaux] au sein du shadow financial system ou « système financier fantôme » et la mise en place du shadow market system ou « système de marché fantôme » qui est un système boursier parallèle laissé sans surveillance,
1-3-8l'instauration d'un régime de croissance reposant sur la consommation et l'endettement (l'endettement privé étant la conséquence de la baisse de la part salariale).
1-3-9une dérégulation économique et financière criminogène |1|,
1-4 Comme le souligne Michel Husson : « Nous ne sommes [...] pas en face d'un capitalisme gangrené par la finance mais d'un capitalisme pur, libéré de ses entraves, en grande partie grâce à la financiarisation. » |2| Les banques et les marchés financiers sont au coeur de cette mutation du capitalisme et il est utile de revenir sur quelques grandes étapes qui ont amené cette évolution.
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Projet bancaire alternatif - Sud BCPE
Notes
|1| Dans le deuxième numéro de Drogues, enjeux internationaux (octobre 2011), Nacer Lalam fait le constat suivant : « La montée en puissance progressive, depuis les années 1980, de la dérégulation de la finance mondiale a concouru et concourt à la facilité du blanchiment et in fine à la mondialisation de la criminalité. » (p. 5). Ce même auteur souligne également « l'usage par les acteurs du monde bancaire et financier de méthodes criminelles » (ibid.). Antonio Maria Costa, Directeur de l'Office des Nations Unis contre la drogue et le crime (UNODC) de 2002 à 2010, déclarait le 13 décembre 2009 au journal The Observer qu'au cours du second semestre 2008, alors que les banques connaissaient une grave crise de liquidité, 352 milliards de dollars provenant du trafic de drogue avaient été injectés dans le système bancaire. Ces liens étroits entre le crime et la finance sont exposés dans le livre de Jean-François Gayraud, La grande fraude. Crime, subprimes et crises financières, Paris, Odile Jacob, 2011.
|2| Michel Husson, Un pur capitalisme, Paris, Editions Page deux, 2008, p. 145.
